Article
Changer de plateforme e-commerce : ce qu'on garde, ce qu'on perd
Le catalogue se déménage. L'adresse, les avis, les comptes clients et le référencement, pas toujours. Ce qui arrive de l'autre côté, ce qui reste en route, et les redirections à ne pas oublier.
9 min de lecture
La question qu'on se pose avant de changer de plateforme est presque toujours la mauvaise : « est-ce que je vais devoir tout ressaisir ? ». Le catalogue est la partie la plus facile à déménager. Ce qui se perd dans un changement de plateforme, ce sont les choses auxquelles on ne pense pas : l'adresse de la boutique et le référencement qu'elle a acquis, les avis, les comptes de vos clients, l'historique de vos commandes.
Cet article ne vous explique pas comment passer de Wix à Shopify, ni l'inverse. Il sert à décider si le déménagement vaut le coup, à savoir ce qui arrivera de l'autre côté et ce qui restera en route, et à éviter l'erreur qui coûte le plus cher : oublier les redirections.
Quatre familles, quatre sorts différents
Une boutique en ligne n'est pas un bloc qu'on transporte d'un seul geste. C'est un assemblage d'éléments qui n'appartiennent pas tous au même endroit, et c'est ce qui décide de ce qu'on emporte.
- Titres, descriptions, prix et variantes
- Les photos, si elles sont assez grandes
- Le blog et les pages d'information
- Le référencement acquis sur vos pages
- Les liens posés ailleurs vers votre boutique
- Les favoris et les habitudes de vos clients
- Les avis laissés sur la plateforme
- Les mots de passe des comptes clients
- L'audience interne d'une place de marché
- Le compte de paiement, à votre nom
- Les réglages de livraison et de transporteur
- Vos CGV, mentions légales et politique de retour
Ce qu'on garde, ce qu'on perd, élément par élément
La dernière colonne est la plus importante : c'est ce qui reste à faire de votre côté, et ce qu'aucun prestataire ne peut faire à votre place une fois l'ancien compte fermé.
| Élément | Se déménage ? | Ce que vous devez faire |
|---|---|---|
| Fiches produit | Oui, depuis la boutique publique | Relire : les fiches sources sont souvent plus incomplètes que dans votre souvenir |
| Photos | Oui, téléchargées et réhébergées | Repérer les images trop petites, elles seront floues sur un grand écran |
| Adresse et référencement | Seulement si le nom de domaine vous appartient | Lister les adresses de vos pages avant le basculement |
| Comptes clients | Les coordonnées parfois, jamais les mots de passe | Prévenir vos clients qu'ils devront recréer un accès |
| Historique de commandes | Non, il reste sur la plateforme | Exporter commandes et factures avant de fermer le compte |
| Avis clients | Non, ils sont attachés à la plateforme | Ne pas les recopier comme s'ils avaient été laissés sur votre site |
| Abonnés à la newsletter | Selon ce que l'outil permet d'exporter | Vérifier que le consentement a été recueilli pour votre marque |
| Encaissement | Non, un nouveau compte est à ouvrir | L'ouvrir tôt : la vérification d'identité prend du temps |
Deux lignes méritent qu'on s'y arrête. Les mots de passe de vos clients ne suivent jamais, et c'est une bonne nouvelle : une plateforme qui serait capable de vous les remettre ne les protégerait pas. Vos clients fidèles recréeront un accès à leur première commande, à condition d'avoir été prévenus.
Les avis, eux, sont la vraie perte. Sur une place de marché, ils appartiennent à votre boutique sur cette plateforme, pas à vous. Les recopier sur votre nouveau site comme s'ils y avaient été déposés tromperait vos visiteurs, et l'affichage des avis en ligne est encadré, notamment sur l'information donnée quant à leur origine. Ils se reconstituent, commande après commande. Ce qui se transporte honnêtement, c'est un lien vers votre ancien profil, tant qu'il existe.
Les redirections, ou comment ne pas repartir de zéro sur Google
Chaque page de votre boutique a une adresse, et c'est à cette adresse que Google a attaché
ce qu'il sait d'elle. Le jour où vous changez de plateforme, les adresses changent presque
toujours : /products/bol-gres-bleu devient /produit/bol-gres-bleu,
la catégorie change de nom, le blog change de dossier. Sans précaution, toutes les anciennes
adresses renvoient une page d'erreur, et le référencement accumulé pendant des mois disparaît
avec elles.
La précaution s'appelle une redirection permanente, dite 301. Elle dit aux moteurs et aux visiteurs : cette page a déménagé, voici sa nouvelle adresse. Posée page par page, de l'ancienne fiche vers la nouvelle fiche du même produit, elle permet au référencement de suivre. Rediriger toutes les anciennes pages vers l'accueil ne sert presque à rien : le visiteur qui cherchait un bol atterrit sur une page qui ne parle pas de bol.
Le point décisif est ailleurs, et on le découvre souvent trop tard : une redirection ne se pose que sur une adresse qui vous
appartient. Si votre boutique vit sur votre propre nom de domaine, vous l'emmenez
et vous redirigez. Si elle vit sur une adresse de la plateforme (une page
etsy.com/shop/…, un sous-domaine sumupstore.com ou
wixsite.com), l'adresse et le référencement qui va avec restent chez elle. Vous
ne pourrez pas rediriger ce qui ne vous a jamais appartenu.
Avant de décider quoi que ce soit, regardez à qui appartient votre adresse. Si votre boutique tourne sur un sous-domaine de la plateforme, chaque mois qui passe y accumule un référencement que vous ne pourrez pas emporter. Prendre votre propre nom de domaine est utile même si vous ne changez pas de plateforme tout de suite : c'est le seul actif de votre boutique qui vous suit partout.
Ce que montre une reprise réelle
Nous avons repris le catalogue d'une créatrice qui vendait sur une boutique SumUp, sans lui demander aucun identifiant : tout a été extrait depuis la boutique telle qu'elle était en ligne, page par page. Trois chiffres relevés pendant ce travail, qui disent mieux qu'un discours ce qu'est vraiment une migration.
235
fiches produit reprises
Depuis la boutique en ligne publique, images comprises, sans aucun accès au back-office.
≈ 85 %
de fiches sans caractéristiques
Matière et type ont dû être retrouvés dans le titre et la description. Une reprise hérite des trous du catalogue.
7
produits sans aucune image
Une photo ne se reprend pas quand elle n'existe pas. Celles-là restent à fournir par la créatrice.
La leçon n'est pas que la migration est difficile : la créatrice n'a ressaisi aucune fiche, et des produits portant le même nom se sont révélés être des bijoux différents. La leçon est qu'une reprise n'est jamais un simple transfert : elle met à plat un catalogue que personne n'avait relu en entier depuis des années. Méfiez-vous de quiconque vous annonce une migration « automatique » en un clic. Soit il n'a pas regardé vos fiches, soit il compte vous laisser les regarder après la mise en ligne.
Dans quel ordre s'y prendre
Six étapes, quelle que soit la plateforme que vous quittez et quelle que soit celle où vous allez. L'ordre compte plus que la vitesse.
- 1
Faites l'inventaire des adresses de votre boutique actuelle.
Chaque fiche produit, chaque catégorie, chaque article de blog a une adresse. Si le nom de domaine est à vous, ce sont elles qu'il faudra rediriger une par une. Une recherche « site:votredomaine.fr » sur Google donne une première liste de ce qui est indexé, et une Search Console, si vous en avez une, donne les pages qui reçoivent réellement des visites.
- 2
Exportez ce qui ne se reprend pas de l'extérieur.
Commandes, factures, liste de clients, abonnés à la newsletter. Tout ce qui vit dans le back-office ne se voit pas depuis la boutique publique. Faites ces exports vous-même, pendant que votre compte est actif, et rangez-les là où votre comptable saura les retrouver.
- 3
Relisez le catalogue repris, pas seulement le design.
C'est le moment où l'on découvre les fiches sans dimensions, les variantes mal nommées, les produits retirés de la vente depuis deux ans. Mieux vaut les corriger une fois, à l'arrivée, que les transporter dans une boutique neuve.
- 4
Ouvrez le compte de paiement avant la mise en ligne.
Le prestataire de paiement vérifie votre identité et votre activité avant de verser quoi que ce soit. Ce délai ne dépend ni de vous ni de celui qui construit la boutique : lancez-le dès le début.
- 5
Basculez en période creuse, et redirigez le jour même.
Pas la semaine d'un salon, pas en novembre si décembre fait votre année. Les redirections se posent le jour du changement d'adresse, pas quelques semaines plus tard, quand Google a déjà constaté que vos pages ne répondent plus.
- 6
Ne fermez pas l'ancien compte le jour du basculement.
Une commande passée la veille, un retour, un litige, une facture à retrouver : gardez l'accès le temps que ces sujets se referment, même si la boutique n'est plus en vente.
Ce qui reste à votre charge
- La conservation de vos factures et de vos données comptables, selon les obligations qui vous concernent
- Le consentement de vos abonnés, et la façon dont vous leur annoncez le changement
- Vos CGV, mentions légales et politique de retour sur la nouvelle boutique
Un prestataire technique reprend un catalogue et pose des redirections. Il n'est ni votre comptable ni votre juriste : vérifiez ces trois points avec les bonnes personnes avant de fermer l'ancien compte.
Quand il vaut mieux rester où vous êtes
Si vos ventes viennent de la place de marché elle-même, ne la quittez pas. Sur Etsy, une bonne partie des acheteurs vous trouvent par la recherche interne d'Etsy. Un site à vous n'a pas ce flux : personne ne tombe dessus par hasard, et il faudra du temps, du contenu et vos propres réseaux pour que des visiteurs arrivent. Dans ce cas, la bonne réponse est souvent d'ouvrir votre boutique à côté, pas à la place.
Si ce qui vous agace est le prix, faites le calcul avant de faire vos cartons. Selon votre volume de ventes, une plateforme à commission peut rester moins chère qu'un abonnement fixe, le nôtre compris. Notre simulateur de frais compare les deux avec vos propres chiffres, et il lui arrive de conclure qu'il faut rester.
Enfin, ne déménagez pas une boutique qui ne vend pas en espérant que la plateforme était le problème. Si les photos, les prix ou la manière de faire venir des visiteurs ne fonctionnent pas, ils ne fonctionneront pas mieux ailleurs.
Notre parti pris
Nous pensons qu'une boutique doit vivre à une adresse qui appartient à son créateur, sans commission sur ses ventes, et c'est ce que nous construisons. Quand vous arrivez d'une autre plateforme, nous partons de votre boutique telle qu'elle est en ligne : vous n'avez aucun accès à nous confier, et nous regardons avec vous ce qui se reprend et ce qui mérite d'être refait. Le diagnostic sert aussi à ça, y compris à vous dire de rester si c'est la bonne réponse.